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La monnaie du bien commun

« Le bien commun doit avoir sa monnaie »

Vidéo de présentation : Solution Monnaie-Terre  Synthèse du principe

Mémoire déposé à la convention pour le climat  Cyber@Action

Découvrez l'appel des Éconologistes  Manifester votre intérêt

Livre : Une Monnaie au Service du Bien Commun

 

 

RÉFORME DU SYSTÈME MONÉTAIRE

Ce texte est un condensé du livre de Philippe Derudder : Une monnaie au service du Bien commun
Mars 2025

 

 

Préambule - Permettre le financement du Bien commun, sans dette ni impôts

 

Il s’agit de réconcilier l’intérêt particulier et l’intérêt collectif, actuellement en opposition et d’inspirer l’économie productive au lieu d’y être conditionnés. Le système monétaire actuel, créant la monnaie en contrepartie d’une dette, ne sert que l’intérêt particulier puisque seules une clientèle solvable et des activités rentables financièrement ont la capacité de remboursement. L’intérêt collectif, dont la finalité n’est pas le profit financier mais la cohésion sociale, la sécurité et le bien-être de tous, est financé par redistribution au moyen de la fiscalité et de l’emprunt, ce qui le rend dépendant et sous influence des performances de l’économie marchande.

 

Il y a assez de tout 
dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.
Gandhi

 

 

 

La proposition exposée ici vise à offrir une piste de solution possible aux défis humanitaires et environnementaux de notre temps, face auxquels le système actuel reste impuissant puisque, comme le rappelait A. Einstein, « on ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celle qui l'a créé ». En enrichissant le système monétaire par adjonction d’une monnaie complémentaire dédiée au financement du Bien commun, créée sans dette en contrepartie de la pertinence des projets et activités, il peut alors s’exprimer librement dans son plein potentiel, ce qui ne peut être envisagé actuellement en raison de son coût et de sa non rentabilité. Il s’agit de rendre à l’humanité sa capacité à passer d’un mode de vie régulé par l’accès à une monnaie rendue artificiellement rare, sélective et extractive par son adossement à une dette, à un mode de vie régulé par ce que la planète peut offrir sans en souffrir. Par la mise en œuvre du dispositif présenté ici, assurer une suffisance digne aux milliards de terriens tout en rendant globalement compatibles leurs productions et consommations avec ce dont la planète a elle-même besoin pour exprimer le Vivant n’est plus une utopie, mais un objectif atteignable.

 

MSBCUne monnaie au service du Bien commun (de Philippe Derudder)

Libérer l'intérêt collectif du carcan de l'économie marchande (Ed. Yves Michel 2017)
https://www.yvesmichel.org/livre/monnaie-au-service-du-bien-commun-une/


Avec les défis environnementaux et humains à relever, avec la montagne de dettes publiques et privées qui empêchent d'imaginer toute dépense supplémentaire, on se demande bien comment on peut s'en sortir. Pourtant, en moins de deux décennies il serait possible de réaliser un monde de suffisance pour tous sur la Terre, respectueux des équilibres nécessaires à la Vie. Et ceci sans impôts supplémentaires et sans emprunt !...

 

 

Table des matières

 

I - COMMENÇONS PAR COMPRENDRE

Un piège originel qui se referme sur nous aujourd’hui
Autre piège découlant du premier
Stratagème pour ne pas toucher au système
Un grain de sable inattendu
Intérêt particulier – Intérêt collectif
Quelle monnaie pour quel intérêt ?

II - PROPOSITION

III - CARACTÉRISTIQUES DE LA MONNAIE COMPLÉMENTAIRE DE BIEN COMMUN

IV - VISUALISONS

Lancer le projet
Principe général

V - LA MONNAIE DE BIEN COMMUN, AIDE À UNE ÉLÉVATION DE CONSCIENCE

VI - AVANTAGES ATTENDUS DE CETTE PROPOSITION

1. Une réforme gagnant/gagnant
2. Un modèle à essaimer
3. Une réponse pertinente à la question de l’emploi
4. Une dynamique vertueuse
5. Une ouverture de notre prison mentale
6. Libération de la dépendance aux performances économiques
7. Mondialisation et souveraineté en sortent réconciliés
8. La démocratie reprend souffle et vigueur
9. Les externalités négatives disparaissent
10. C’est la fin des dettes publiques

VII - Conclusion

 

 

Si on vous disait...

Voici un système monétaire qui permet de :
- Réduire les dettes publiques ;
- Offrir un revenu digne à tous ;
- Financer le Bien commun sans augmentation des impôts et sans recours à l’emprunt ;
- Libérer l’économie de l’obligation de croissance ;
- Orienter l’économie marchande vers des pratiques respectueuses de l’humain et de l’environnement ;
- Réduire la dépendance des nations aux performances du commerce extérieur ;
- Faire prévaloir le sens sur la productivité et la rentabilité ;
- Conduire en douceur vers un nouveau modèle économique et politique socialement équitable et ajusté à ce que la planète peut soutenir ;

Que diriez-vous. Impossible ? Rêve ? Utopie ? Et pourtant…

 

 

I - COMMENÇONS PAR COMPRENDRE

Pourquoi en ce XXIe siècle, alors que nous avons plus de connaissances et de moyens qu’à aucune autre époque de notre histoire, nous sommes face à une crise humanitaire et environnementale majeure ?

 

Un piège originel qui se referme sur nous aujourd’hui

Jean-Baptiste Say1 et Adam Smith2 ont profondément marqué la pensée économique classique sur laquelle repose toujours le modèle économique moderne. Or, les fondations de leur édifice ont été construites sur une erreur conceptuelle d’envergure que nous découvrons depuis peu à nos dépends. Cette erreur peut se résumer ainsi : « Les ressources naturelles sont infinies, la monnaie est rare ». Parler d’erreur est en fait bien sévère à leur égard car pour toute personne vivant au XVIIIe siècle cela ne pouvait qu’être une évidence; la démographie était faible, les moyens de production artisanaux, l’énergie 100% renouvelable et la quantité des ressources telle que tous les efforts conjugués n’auraient pu les épuiser. Quant à la monnaie, alors majoritairement constituée d’or et d’argent, elle ne pouvait qu’être rare, car ces métaux précieux ne poussent pas sur les arbres, comme on aime encore à le rappeler de nos jours.

Mais les XIXe et XXe siècles sont passés par là : Découverte des énergies fossiles, révolution industrielle, production de masse, considérable augmentation de la démographie mondiale3 et, cerise sur le gâteau, dématérialisation complète de la monnaie en 1971 provoquée par l’abandon de la convertibilité du dollar US en or décrétée unilatéralement par Richard Nixon alors président des États- Unis.
Rappelons que jusque-là et depuis les accords de Bretton Woods de juillet 1944, toutes les monnaies étaient appréciées par rapport au dollar américain qui, seul, assurait une convertibilité en or à hauteur de 35$ l’once. Même si les réserves en or bien au chaud dans les coffres de Fort Knox ne couvraient pas la valeur totale des dollars en circulation, il n’en reste pas moins que toutes les monnaies étaient directement et indirectement reliées à ce métal qui leur conférait une rareté en raison de sa matérialité. Plus de convertibilité ? Plus de matérialité et donc plus de limite. Le « gold exchange standard » (étalon de change or) était mort et ses funérailles célébrées en 1976 lors du traité de Kingston (Jamaïque). Le système de Bretton Woods qui s’appuyait sur un taux de change fixe fut abandonné pour passer à un système à taux de change libre fixé par la loi de l’offre et de la demande.

Ce qu’il est donc important de retenir c’est que, depuis lors, la monnaie n’existe plus en tant que « marchandise » ayant une existence et une valeur propres, mais en tant qu’unité virtuelle créée par la seule volonté humaine. Ainsi se referme le piège sur la réalité contemporaine; à l’inverse du postulat de départ, les ressources naturelles révèlent aujourd’hui leurs limites alors que la monnaie est devenue potentiellement infinie. Le principe de toute science est d’expérimenter un postulat et de le considérer juste jusqu’à ce que l’expérience mette en lumière sa limite ou son erreur. Ne serait-il pas temps d’appliquer ce principe ?

1 Jean Baptiste Say, 1767 - 1832 – Économiste et entrepreneur français connu principalement pour sa Loi des débouchés
2 Adam Smith 1723 -1790 – Philosophe et économiste écossais principalement connu pour son ouvrage « La richesse des nations »
3 Estimée à moins d’un milliard en 1800 la population mondiale a atteint les 8 milliards en 2023

 

Autre piège découlant du premier

La théorie économique classique enracinée dans la croyance de l’infinité des ressources va favoriser tout ce qui stimule la production. Encore une fois on peut l’admettre facilement dans la mesure où cette dernière peinait à satisfaire les seuls besoins essentiels. Jean-Baptiste Say, que je citais en introduction, affirmait que la production de biens créait sa propre demande par le fait qu’elle génère un revenu pour ceux qui y sont impliqués, ce qui leur permet ensuite d’acheter d'autres biens et services. Fondé sur la même idée de stimuler la production Adam Smith, quand à lui, imagine qu’en offrant aux individus la possibilité de poursuivre leurs propres intérêts, ils contribuent indirectement au bien-être de la société dans son ensemble par ruissellement.

Certes, d’autres économistes par la suite ont remis en question ces théories, mais les fondamentaux étant ce qu’ils sont, ils constituent encore les piliers sur lesquels reposent notre modèle. Ce n’est pas neutre, car cela a conduit le système qui en découle à chercher uniquement la satisfaction de l’intérêt particulier. Les services, la justice, l’enseignement, la santé, bref ce que j’appellerai le « Bien commun » qui se caractérise par le fait qu’il regroupe des activités dont la finalité n’est pas le profit financier mais le bien-être et la cohésion de la société, n’ont pas été oubliés pour autant. Adam Smith, encore lui, partait du principe que toute personne ayant atteint un certain niveau de satiété, redistribuait spontanément ses surplus. Que ce soit naturel ou pas, c’est ce principe que le modèle économique a retenu, celui de la redistribution par le moyen de la fiscalité. Aurait-il pu en être autrement dans un système où l’argent est matériel et donc rare ? Les activités relevant de l’intérêt collectif, pour bénéfiques qu’elles soient, coûtent de l’argent, elles n’en rapportent pas. Dans ce cas de figure il faut aller le chercher là où il se trouve, autrement dit dans la poche de ceux qui en possèdent, les entreprises et les personnes individuelles.

Au XVIIIe siècle tout cela avait du sens et était pertinent, mais aujourd’hui ? Toujours prisonniers de cette notion de ressources naturelles infinies et de monnaie rare nous nous enfermons dans une logique de pompier incendiaire : Il faut stimuler la croissance de l’économie de production à finalité de profit financier pour en tirer bon an, mal an, les revenus nécessaires, par la fiscalité, à la satisfaction du Bien commun. Mais qui dit croissance, dit toujours plus de production, toujours plus de consommation. Or la production est extractive et énergivore et génère en outre une pollution grandissante dommageable à la Vie. C’est ainsi que, pour ralentir les effets délétères de cette dynamique et financer les infrastructures et services essentiels à la cohésion sociale et au mieux-être des populations, nous voilà condamnés à aggraver par obligation de croissance ce qui nous rend malade pour être en mesure de payer les remèdes. Constatant que les données initiales n’avaient plus d’actualité, l’intelligence aurait dû exiger de notre part une remise en question du modèle et une adaptation aux nouveaux besoins et contraintes. Malheureusement il faut croire que les habitudes et certains intérêts dominants l’ont emporté sur l’intelligence, de sorte que celle-ci s’ingénie à trouver des stratagèmes pour ne pas avoir à toucher au système. En voici deux exemples significatifs, un financier, l’autre idéologique :

 

Stratagèmes pour ne pas toucher au système

- Le financier : il consiste à former un écran de fumée pour que la vérité ne s’affiche pas toute nue devant nos yeux ; j’ai nommé : Le « crédit » pour pallier à l’insuffisance des revenus des ménages et des ressources fiscales. Ainsi trouve-t-on encore les moyens de repousser à plus tard l’heure de vérité. Il faut dire que les politiques monétaires accommodantes des banques centrales depuis la crise des « subprimes4 » ont facilité l’endettement car les taux d’emprunt nuls, voire négatifs, faisaient qu’emprunter plus ne coûtaient pas plus cher. Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, n’est-ce pas, depuis le relèvement des taux, ce qui hier passait inaperçu reste aujourd’hui coincé au fond de la gorge. Mis à part les États-Unis qui peuvent encore faire grossir leur dette publique sans conséquences majeures en raison de la puissance que le dollar conserve malgré tout, les autres nations se retrouvent pour beaucoup dans la situation d’un ménage surendetté. Leur marge de manœuvre ne leur permet plus de fantaisie. La Grèce en sait quelque-chose. À qui le tour ?...

- L’idéologique : Dire que la question écologique qui inclue naturellement une saine gestion des ressources naturelles n’est pas prise en compte serait mentir. Mais, vous l’aurez remarqué, elle se focalise sur la dénonciation d’un seul ennemi : Le Co2. Telle Toinette disant à Argan dans « le malade imaginaire » (Molière) que toutes les maladies dont il souffre ont pour seule cause « le poumon », la source de nos problèmes écologiques est réduite à un seul dénominateur commun : « Le carbone » ! Il est connu qu’en communication de masse si l’on veut qu’une idée marque les esprits, il n’en faut retenir qu’une. Eh bien, démonstration est faite car quiconque se hasarde à mettre en cause ce qui est maintenant présenté comme un « consensus scientifique » est traité de toutes sortes de noms d’oiseaux et ses propos censurés. Entendons-nous ; il n’est nullement question de mettre en doute le réchauffement climatique, mais de se demander pourquoi aborder la question écologique sous un angle aussi réducteur. Car si la responsabilité de l’activité humaine est loin d’être démontrée dans le phénomène du changement climatique, n’en déplaise au soi-disant consensus, elle nous crève les yeux à simplement regarder ce qui se passe sur le plancher des vaches sans avoir à réunir une armée d’experts comparant les résultats de leur modèles informatiques.

Imaginez une seconde qu’au lieu de déclarer la guerre à ce nouvel ennemi invisible, on ait choisi l’objectif ambitieux d’assurer une sécurité alimentaire saine et soutenable pour tous les peuples au plus près des lieux habités. Vous noterez au passage, pour ne pas rejeter d’un revers de main l’importance des émissions de GES (gaz à effet de serre), que repenser prioritairement les pratiques de production agricole, avoir comme obsession de revitaliser les sols, entretenir la biodiversité, reconsidérer la gestion de l’eau, l’assainissement ainsi apporté réduirait naturellement les émissions. Ainsi ferait-on d’une pierre plusieurs coups ! Cette option a toutefois un grave défaut, ce qui explique sans doute pourquoi elle n’a jamais été envisagée : Elle fragilise des intérêts aussi dominants que l’agro-business et l’industrie chimique alors que s’attaquer au dioxyde de carbone ouvre la porte sur de nouveaux marchés bien juteux tels que la voiture électrique, les éoliennes et autres panneaux solaires, les villes 15 minutes5, tout cela sous l’œil vigilant de l’intelligence artificielle, sans oublier bien sûr la géo-ingénierie qui offre une panoplie de solutions certes créatives pour réduire l’intensité des rayons du soleil mais aux effets secondaires plus qu’incertains. Quand la première option demande à changer un modèle au prix de dépenses sans doute colossales, le deuxième reste dans la droite ligne du « progrès », du profit et de la promesse des lendemains qui chantent. Une belle fuite en avant pariant sur des solutions de type « greenwashing » mais avec l’immense avantage, pour les élites, de rester dans le système qui garantit leur « exception ». Dans tous les cas, vous l’aurez compris, cet autre écran de fumée consiste à faire croire que le modèle économique peut tranquillement poursuivre sa route sur les mêmes fondations, à condition de peindre en vert ce qui était brun et de pouvoir ainsi inscrire fièrement sur l’étiquette « pour sauver la planète » ! Ne sommes-nous pas à l’ère de la communication où le mot est devenu l’art de faire de l’habit un moine ? Vive la Novlangue6 !

4 La crise des subprimes est une crise financière mondiale qui a débuté en 2007 aux États-Unis et a atteint son apogée en 2008. Elle a été déclenchée par l'effondrement du marché des prêts hypothécaires à risque, appelés "subprimes", des prêts hypothécaires accordés à des emprunteurs ayant un faible profil de crédit et donc une capacité de remboursement plus qu’incertaine (on les appelait NINJA : no Income, no Job, no Asset – Pas de revenu pas de boulot, pas de capitaux).
5 Une ville 15 minutes est un concept urbanistique où tous les services essentiels comme les écoles, les magasins, les parcs, les centres de santé, etc. sont accessibles en 15 minutes à pied ou à vélo depuis n'importe quel point de la ville.
6 La Novlangue fut inventée par George Orwell pour son roman d'anticipation « 1984 » publié en 1949. C’est un langage fictif inventé par le gouvernement du roman pour restreindre la pensée critique et maintenir le contrôle sur la population.

 

Un grain de sable inattendu

En dépit de tous les efforts déployés pour ne pas toucher au système, voilà qu’un grain de sable inattendu commence à faire grincer la machine et promet une panne totale si on n’y porte pas remède : la décroissance démographique. Quand le taux de fécondité permettant le renouvellement des générations est de 2.1, l’Europe affiche un taux de fécondité en moyenne de 1.467, celui de l’Amérique du nord est de 1.6 et 1.8 pour l’Amérique du sud. De l’autre côté de la planète la Chine affiche un taux de 1.1, 1.3 au Japon, 0.78 pour la Corée du sud, quant à l’Inde, pays le plus peuplé de la terre, elle vient juste de passer sous le seuil de renouvellement. L’Afrique reste le continent le plus dynamique au niveau démographique, mais le taux de natalité tend à se réduire, incomparablement plus bas que ce qu’il a pu être il y a seulement 10 ou 20 ans de sorte que l’ensemble des pays qui affichent encore une natalité supérieure au taux de renouvellement, ne compense pas la décroissance des autres. Bref la population mondiale diminue. Les deux conséquences principales sont :

- Un vieillissement de la population. En 2000, 9,9% de la population mondiale était âgée de plus de 60 ans. En 2050 elle devrait se situer autour de 22%.

- Un ralentissement de la croissance économique. Dans un système où la croissance démographique est le moteur de la croissance économique, on ne peut que s’attendre à une récession entraînant une dynamique de décroissance. En effet la distinction entre récession et décroissance est ténue, les deux étant indissociables et s’alimentant mutuellement.

Est-il utile de dire que les politiques sociales et le financement des retraites vont devenir ingérables et que le système économique dont l’énergie vitale repose sur une croissance infinie ne peut que s’effondrer. Bien sûr, on peut tabler sur une croissance immatérielle à travers le secteur du numérique, cherchant dans la récolte et le traitement des données une nouvelle terre promise de croissance infinie. Mais n’est-ce pas une chimère quand on sait que ce qui est appelé « immatériel » réclame dans les faits une consommation insatiable d’énergies et de ressources minérales. Ce sera probablement la forme de déni qui servira une fois encore à reculer pour mieux sauter, mais viendra nécessairement le jour où il n’y aura plus d’autre voie que de se réinventer. Plus ce sera tard, plus il y aura de souffrances. Ne serait-il pas intelligent de s’éviter le pire et de se réinventer dès maintenant ?

7 Tous les chiffres donnés ci-après sont tirés du GEAB (Global Europe anticipation bulletin) No 188 eux-mêmes ayant pour source l’ONU.

 

Intérêt particulier – Intérêt collectif

Voici une question particulièrement délicate qui se pose à nous dans toute son ampleur et dans toute sa complexité. Quoique que l’on fasse, on ne trouvera jamais l’équilibre parfait entre l’intérêt particulier et l’intérêt collectif pour la simple raison que c’est comme faire du vélo. Il n’y a que dans le mouvement et dans les micro déséquilibres permanents qu’on tient en équilibre. Chacun d’entre nous, sans le savoir, à chaque instant, arbitre entre son intérêt propre et celui des autres. Survivre exige de chacun de prendre soin de soi, mais exige aussi de prendre soin des autres sans lesquels notre vie ne pourrait ni être possible sur le plan physique, ni avoir de sens. On appelle le mouvement qui consiste à s’occuper de soi, « égoïsme » et « altruisme » celui qui porte à nous préoccuper de l’autre; des termes
aux connotations morales qui ne simplifient pas la chose. Mais écartons l’aspect moral et contentons-nous de constater tout simplement que nous avons affaire ici à deux forces vitales en apparence opposées mais en réalité complémentaires puisque la vie repose sur leur combinaison de même que l’atome ne peut exister que par les forces en apparence contraires des protons et électrons. Si les premiers sont à charge positive et les seconds à charge négative, cela n’implique en rien de donner prédominance à l’un ou à l’autre, bien au contraire !

Pourtant, comparer dans leur importance l’intérêt particulier et l’intérêt collectif est malheureusement un travers qui nous coûte bien des désagréments. Sur le plan personnel un déséquilibre trop important dans l’expression de l’un ou l’autre entraîne des conséquences lourdes au plan physique, émotionnel et mental, ainsi que sur notre environnement relationnel. Sur le plan collectif nous avons exploré ce qu’il advient quand on choisit de donner le pouvoir à l’un sur l’autre. Le collectivisme a conduit à écraser l’individu au nom de l’intérêt collectif, le capitalisme quant à lui en arrive à détruire son environnement vital au nom de l’intérêt particulier. Si on accepte de nous libérer un instant de nos idéologies, admettons que ces deux expériences qui se soldent par un échec qui pourrait conduire à l’extinction de notre espèce si nous persistons, nous invitent à nous engager dans une nouvelle voie, celle qui respecte le modèle de la vie où l’équilibre des forces est la clé de l’existence de notre univers. Une expérience, donc, où la complémentarité est le maître-mot. Cet exercice demandera certainement tout un apprentissage tant nous nous sommes habitués, par facilité sans doute, à considérer le quotidien en termes binaires : vrai/faux, blanc/noir, bien/mal… Une invitation, pour ne pas dire une convocation, à ouvrir notre perception à l’ambivalence des choses, car tout, absolument tout sur ce plan terrestre est à double face, au moins…

 

Quelle monnaie pour quel intérêt ?

Pour tout être humain, la vie est risque et choix. Dès que l’on naît, nous voici face à l’inconnu de ce qui peut arriver l’instant d’après et les choix, grands et petits que nous faisons, sans même souvent nous en apercevoir sous l’impression que les évènements du moment ne nous offrent pas d’alternative, tracent notre chemin de vie. L’une des « obligations » est de choisir l’activité que nous allons exercer pour assurer notre survie. C’est ce que nous appelons « gagner sa vie ». Cette activité, même si elle a un impact sur le collectif, relève de l’intérêt particulier. Elle consiste à produire un bien ou un service dont on attend une rémunération. Au plan personnel, on peut choisir de cultiver des tomates (richesse réelle spécifique), la finalité de ce travail, qu’il nous plaise ou non, est de gagner de l’argent (richesse symbolique universelle) qui nous donnera accès à toutes les autres richesses spécifiques dont on pourra avoir besoin ; du moins est-ce ce qu’on en attend. Pour la majorité des individus, créer une nouvelle activité ou acquérir un bien comme une voiture, une maison, ou autre, demande un financement. La création monétaire par le crédit sur laquelle repose le système monétaire actuel est pertinent pour répondre à cela à double titre. Il permet d’une part de corréler la masse monétaire à la valeur de la richesse produite ou échangée et d’autre part, elle est un indicateur de confiance envers l’emprunteur puisqu’il n’aurait pas pu obtenir le crédit si les investisseurs ne croyaient pas en la bonne fin de son projet. Un système basé sur une prise de risque réciproque et sur la confiance qui sont autant de pierres sur lesquelles poser les pieds pour traverser à gué la rivière de la vie.

Mais pour l’intérêt collectif, qu’en est-il ? Pour l’heure nous reproduisons l’acquit d’un héritage issu de l’époque où la monnaie était matérielle et ne pouvait donc pas se « créer ». Il est financé par l’impôt et l’emprunt quand le premier devient insuffisant. Mais de nos jours, est-ce pertinent ? Toute activité ou tout projet visant à servir le « Bien commun » n’a pas pour finalité d’assurer une rémunération comme pour un individu, mais d’apporter un mieux-être, facteur de paix et de cohésion sociale. Ce n’est pas l’argent qui enseigne dans les écoles ; ce n’est pas l’argent qui soigne, ce n’est pas l’argent qui rend la
justice, ce n’est pas l’argent qui assure la sécurité… c’est le talent et l’expertise des enseignants, des soignants, du corps judiciaire, des forces de police… Mais il faut bien les payer, me direz-vous ! Certes, mais où se trouve la pertinence dans le fait de faire dépendre la satisfaction du Bien commun des performances de l’économie marchande au service de l’intérêt privé ? Un médecin va-t-il mieux soigner si on vend plus de voitures ? Un professeur mieux enseigner si on exporte plus de blé ? Il n’y a aucun rapport.

Ceci m’est apparu clairement lors de la crise de la dette grecque dans les années 2010. Voilà que des hôpitaux fermaient et que les soins à la population n’étaient plus donnés à hauteur des besoins. Pourtant les hôpitaux existaient ainsi que le personnel soignant. Mais la logique du système condamnait à se priver d’une richesse réelle pourtant existante au nom de la défaillance d’une richesse symbolique. La prédominance que notre modèle économique donne à la satisfaction de l’intérêt particulier sur celui de l’intérêt collectif vassalise ce dernier alors que la richesse qu’il exprime n’a aucun rapport avec les performances du secteur marchand. En générant ce rapport, on ne peut pas financer le Bien commun à la hauteur que les défis de notre temps réclament ; en générant ce rapport on prend de mauvaises solutions en cherchant à « rentabiliser » le Bien commun pour qu’il satisfasse aux exigences du système. Tant que le Bien commun restera remisé dans le wagon de queue du train de marchandise nous ne trouverons jamais ni les bonnes réponses, ni les ressources nécessaires à la résolution des problèmes humanitaires et environnementaux de notre temps.

Alors je vous invite à méditer le principe suivant :
- Si un projet à finalité de Bien Commun est collectivement souhaité et que la volonté de le réaliser est là.
- Si les connaissances du moment, les moyens techniques et énergétiques disponibles permettent d'y répondre.
- Si l'empreinte écologique prévisible est compatible avec les normes internationalement admises.
- Si les savoir-faire et les ressources humaines nécessaires sont disponibles grâce au fait, entre autres, que le monde de la production marchande a de moins en moins besoin de main d'œuvre.
- Si le projet ne se fait pas au détriment d’autres peuples.

Alors, dans un monde où la création monétaire dépend uniquement de règles humaines, qu’est-ce qui peut encore s’opposer à sa mise en œuvre, si ce n’est d’appliquer les mêmes règles de financement à deux mondes qui n’ont pas la même finalité ? L’heure n’est-elle pas venue de décorréler le financement du Bien commun de celui de l’intérêt particulier ?

 

 

II - PROPOSITION

De ce qui précède, nous pouvons maintenant résumer le défi : L'avenir de l'humanité dépend de sa capacité à passer d'un mode de vie régulé par l’accès à une monnaie rendue artificiellement rare, sélective et extractive par son adossement à une dette, à un mode de vie régulé par ce que la planète peut offrir sans en souffrir. Le défi consiste à assurer une suffisance digne aux milliards de terriens
tout en rendant globalement compatibles leurs productions et consommations avec ce dont la planète a elle-même besoin pour exprimer le Vivant.

Le maître mot, disais-je, est « complémentarité ». Une monnaie dédiée à l’expression du Bien commun, complémentaire à celle de l’économie marchande dédié à satisfaire l’intérêt particulier, permettrait de détacher le wagon de queue du train de marchandise remisant l’intérêt collectif et d’en faire un train autonome, libre de choisir sa destination.

Ainsi sortirions-nous de la logique de redistribution pour entrer dans celle de la création. Concrètement, cela consisterait à autonomiser l’espace économique à finalité d’intérêt collectif maintenant reconnu comme richesse à part entière, en le rendant complémentaire au système marchand et non dépendant de lui. Il regrouperait les activités qui par nature n’ont pas finalité de profit financier, mais celle de bénéfice sociétal telles que la santé, l'éducation, la recherche fondamentale, la justice, l'eau, la restauration écologique, etc... Cet espace, régi par un statut juridique spécifique, n'obéirait donc pas à une finalité de profit financier ou d’équilibre comptable mais à celle que nous appellerons ici le bénéfice éco-social (l'atteinte des objectifs éco-sociaux visés). Son financement ne serait assuré ni par l'impôt, ni par l'emprunt, mais par l'utilisation d'une monnaie d’intérêt collectif complémentaire à la devise nationale, créée par un organisme public sous mandat et contrôle citoyen, en contrepartie de projets validés par votations à la suite de débats tenus au niveau local, régional ou national dans une logique de subsidiarité, au sein d’assemblées délibératives constituées de citoyens tirés au sort. Percevez-vous combien il pourrait être bénéfique pour l’avenir de l’humanité d’appuyer l’émission de la monnaie d’intérêt collectif sur le sens et la pertinence des projets et activités dédiés au mieux-être de tous et à la préservation du Vivant, plutôt que sur une dette qui en réduit et conditionne l’expression ? Ce que je viens de décrire là sort du cadre économico-financier et politique admis, ce qui pourrait pousser à penser que c’est irréaliste, pourtant rien dans cette proposition n’est fondamentalement inconnu, ni le principe de monnaie complémentaire, ni celui d’une gouvernance citoyenne. Examinons les :

Monnaie complémentaire. Notre monde moderne est régi par des monopoles de grandes monnaies, telles que le dollar américain, l’euro, le Yen , la livre sterling, le yuan, etc. Pourtant, les monnaies complémentaires ont accompagné l’histoire de l’humanité depuis l’antiquité. Souvent les échanges internationaux étaient pratiqués en monnaies princières faites de métaux précieux quand ceux du peuple se faisaient à l’aide de jetons ou autres supports sans valeur intrinsèque. Je vous renvoie pour en découvrir la diversité et la richesse vers les livres de Bernard Lietaer8 en particulier, spécialiste dans ce domaine. C’est l’évolution du commerce et l’amélioration des communications qui ont permis une centralisation du pouvoir monétaire et l’éclipse des monnaies complémentaires jusqu’à récemment car elles ressurgissent ça et là pour répondre à des crises comme en Argentine dans les années 2000, ou pour soutenir l’économie sociale et solidaire comme en Europe. Plusieurs milliers de monnaies complémentaires sont recensées dans le monde sous différentes formes et différents objectifs. Elles ont réapparu en force en France depuis 2010. Aujourd’hui, une petite centaine de monnaies locales complémentaires citoyennes circulent sur le territoire, dont la principale, l’eusko, au Pays basque9. Nous ne sommes donc pas en terrain inconnu. Il ne s’agit toutefois pas de reproduire dans le cadre de cette proposition les expériences existantes, mais de voir dans le principe une clé pour relever nos défis en l’adaptant à l’objectif.

Gouvernance citoyenne. Nos sociétés ont adopté un système de gouvernance de type « top-down » ; entendez par là un système descendant où une élite décide et fait appliquer par son administration ses décisions à l’ensemble de la population. Dit comme cela, cela peut sembler plus proche d’une dictature que d’une démocratie dont tous nos pays occidentaux se réclament. C’est qu’il y a en fait plusieurs formes de démocratie qui, rappelons-le, veut dire étymologiquement (démos) peuple, (Kratos) pouvoir, donc un régime politique où le pouvoir est exercé par le peuple. Si tel fut le cas dans la Grèce antique (toutes proportions gardées dans la mesure où avoir le statut de citoyen n’était pas offert à tout le monde), elle fut transformée au XIXe siècle en démocratie représentative où le peuple est invité à désigner ses représentants à rythme régulier. Ainsi s’est refermé le piège de la facilité en donnant aux gens la possibilité de rentrer tranquillement chez eux après avoir confié à des représentants le soin de décider de leur destin à leur place10. Ce ne serait pas nécessairement un problème si le jeu électoral était juste et si les citoyens avaient la possibilité d’intervenir à tout moment. Malheureusement les systèmes électoraux, même différents d’un pays à l’autre, sont ainsi conçus qu’ils conduisent à des assemblées qui ne reflètent pas la volonté populaire et des constitutions qui, une fois les élections closes, ne laissent plus que la rue pour manifester son mécontentement faute de débat possible11. On ne peut que constater l’échec de ce mode de gouvernance qui, au lieu de s’ouvrir, se crispe de plus en plus, n’hésitant plus à utiliser la répression et la censure.

Or nous sommes à une époque où les enjeux humanitaires et environnementaux sont tels que le pouvoir de décision ne saurait être laissé entre les mains de quelques-uns. Une personne, aussi brillante et instruite soit-elle ne peut produire une analyse et une réponse aussi pertinentes que celles fournies par une réflexion collective. Au pire, mieux vaut se tromper ensemble que d’être victimes des erreurs d’un seul, ne croyez-vous pas ? Il est donc temps de faire jouer à plein l’intelligence collective, dont on sait toute la valeur, en organisant des assemblées citoyennes par tirage au sort en partant du local, pour identifier les priorités et prendre les décisions selon le principe exposé plus haut.

Certains pensent, en particuliers celles et ceux qui exercent le pouvoir, que le peuple n’est qu’une masse inculte, incapable de prendre de bonnes décisions. Pourtant, nous avons le récent exemple en France de la convention citoyenne sur le climat qui a prouvé qu’en quelques semaines il a été possible à un groupe de 150 personnes tirées au sort de parvenir à un quasi consensus sur un ensemble d’orientations à prendre. Cette expérience n’est pas unique. Notons entre autres celle qui s’est tenue en 2012 en Irlande, où une assemblée de citoyens tirés au sort et d’élus parvint, au terme d’un processus inédit, à légaliser le mariage homosexuel par référendum dans ce pays au catholicisme solidement enraciné. Notons aussi celle qui s’est tenue en Colombie britannique portant sur une réforme du système électoral sans oublier encore l’assemblée citoyenne d’Islande portant sur la rédaction d’une nouvelle constitution. Dans la majorité des cas les propositions issues de ces assemblées n’ont pas été validées par les députés et gouvernants, ce qui révèle combien le peuple est écarté du processus décisionnel et combien est profonde la fracture qui sépare les institutions politiques des peuples. Mais ce qu’il est important de retenir c’est la capacités des citoyens à s’organiser et à se mettre d’accord sur des propositions communes.

C’est ce type de démocratie participative que nous proposons d’adopter pour la mise en œuvre de la réforme monétaire dont nous parlons ici où un processus permanent d’assemblées citoyennes tirées au sort, à mandat court et non renouvelable, au côté des conseils municipaux et des parlements serait institué. Dans l’exercice du législatif ces assemblées auraient force de réflexion, de proposition, de révocation et de veto de sorte qu’aucune proposition ne pourrait être mise en œuvre, aucune loi votée sans un accord entre les institutions traditionnelles et les assemblées citoyennes. Notons aussi que des comités issus de ces assemblées auraient mission de vérifier la bonne application de ce qui aura été voté.

De plus, pour permettre un débat plus riche débouchant sur des décisions plus justes et pertinentes ce modèle de démocratie participative inclurait un processus décisionnel au consentement et non à la majorité simple, nous en reparlerons plus loin. Je conçois que rechercher le consentement des deux organes de pouvoir relève d’un exercice plus subtil que le mode de décision à la majorité simple et que cela peut conduire à des situations de blocage si tout le monde ne joue pas le jeu. Mais n’est-il pas essentiel de s’affranchir de la dynamique des jeux de pouvoir gagnants/perdants qui ont peut-être un intérêt pour un match de football mais dont les conséquences sont désastreuses pour les sociétés ? Aller vers un mode de décision plus consensuel ne sera certainement pas chose aisée, mais offrira l’opportunité de grandir en maturité politique. La difficulté réside donc dans le fait de vouloir passer d’une culture politique à une autre et, sans la volonté d’adopter un système où le pouvoir du citoyen est reconnu comme le veut la démocratie en essence, on peut effectivement aboutir à une impasse. Mais si impasse il y a, ce ne sera pas du fait des tenants du pouvoir actuel dont on peut imaginer qu’ils s’y accrocheront, mais d’un manque de détermination du peuple à reprendre le pouvoir qui lui appartient de droit car ils ne pourront pas s’opposer longtemps à la puissance populaire qu’ils redoutent au premier chef. À nous de jouer !

8 Bernard Lietaer – entre autres : Au coeur de la monnaie (Ed. Yves Michel)
9 Voir : Philippe Derudder - Monnaies locales complémentaires citoyennes ( Ed. Yves Michel)
10 Voir l’excellent livre de Francis Dupuis-Déri : Démocratie histoire politique d'un mot aux États Unis et en France ( Ed 
Lux/humanités 2013)
11 Je vous renvoie vers les réflexions d’Étienne Chouard, critique de la démocratie représentative - https://www.chouard.org

 

 

III - CARACTÉRISTIQUES DE LA MONNAIE COMPLÉMENTAIRE DE BIEN COMMUN

Voyons maintenant comment une monnaie dédiée au financement du Bien commun (MBC), créée libre de dette, peut circuler à l’avantage de tous en complémentarité de la monnaie marchande.

• Elle a cours légal pour être acceptée par tous. La valeur d’une monnaie dématérialisée n’est plus dans ce qui la constitue mais dans son acceptation. Nous acceptons cette monnaie parce que nous avons la certitude qu’elle sera acceptée en paiement par les autres. Si elle n’a pas cours légal, l’utilisation de la monnaie est sujette à une acceptation volontaire, comme il en est par exemple des monnaies locales complémentaires citoyennes, ce qui en limite considérablement la circulation. Or l’ampleur de la question relative au traitement du Bien commun dans la société ne saurait être limitée par une acceptation laissée au libre choix de chacun. Le cours légal donnant confiance dans la monnaie est donc une nécessité.

• Elle a un cours territorialement défini. Par exemple, dans l’Union européenne /zone euro, si tous les États membres ont pour devise marchande l’euro, chaque État aurait sa propre monnaie complémentaire d’intérêt collectif. Ainsi, chacun pourra conduire librement sa politique éco-sociale en fonction de ses spécificités, au plus proche des réalités de terrain.

• Elle n'est pas convertible (sauf quelques rares exceptions encadrées) ; elle n'a donc pas d'effet sur le cours de la devise marchande. Dans le système actuel le cours des monnaies, au niveau international, s’apprécie selon la loi de l’offre et de la demande. Le fait de pouvoir créer de la monnaie sur le mode « planche à billet », contribue à dévaluer la valeur de la monnaie sur le marché international. Toute perte de la valeur de la monnaie favorise l’exportation car la production devient alors moins chère à l’étranger, mais renchérit l’importation ce qui aggrave la situation des pays qui accusent un déficit commercial. Mais au-delà de cela, prenons en compte le fait que créer de la monnaie sans dette pour financer le champ de l’intérêt collectif portera sur des sommes considérables ce qui ne manquerait pas de conduire à l’effondrement de la valeur de la devise marchande si les deux monnaies étaient reliées par la convertibilité. En revanche, cela n’a pas d’incidence en marché intérieur de sorte qu’il est important que la monnaie ne sorte pas du territoire qui lui est assigné, sauf à quelques exceptions administrées pour faire face à des fournitures essentielles non produites sur le territoire national.

• Elle est à parité de pouvoir d'achat avec la monnaie marchande. Une unité de monnaie marchande = une unité de MBC. Cela facilite les échanges. Inutile d’avoir deux affichages de prix, inutile de se demander quelle monnaie utiliser en paiement. En effet, si originellement la monnaie d’intérêt collectif est émise pour financer une activité ou un projet spécifique , elle circule ensuite dans toute la société au gré des achats des uns et des autres. Tout un chacun se retrouvera donc porteur des deux monnaies et pourra effectuer ses paiements avec l’une ou l’autre indifféremment (nous examinerons cela plus précisément dans l’exemple donné plus loin).

• Elle n’a pas fonction d’épargne ni de placement. Elle n’a que valeur d’échange. Quel intérêt y aurait-il à l’épargner ou la placer dès lors qu’elle peut se créer à hauteur voulue lorsqu’un projet ou une activité a été validé selon le processus prévu ? Cependant les bénéficiaires privés auront la possibilité d’ouvrir un compte de prévoyance non rémunéré mais indexé sur l’inflation en vue de l’acquisition d’un terrain constructible, d’un logement d’habitation pour leur propre usage, ou d’une voiture, par exemple...

• Elle est fléchée, caractéristique majeure de cette monnaie. Sa vocation est d’orienter progressivement la production et la consommation vers un modèle respectueux du Vivant sous toutes ses formes. Sauf exceptions encadrées, son fléchage canalise son utilisation vers l’acquisition exclusive de biens et services produits ou recyclés sur le territoire12 de façon responsable socialement et écologiquement. Comment se fera la distinction ? Par un label spécifique permettant leur repérage. Les conditions d’obtention de ce label auront été préalablement définies au sein de comités où le pouvoir citoyen, éclairé par l’appel à des experts indépendants, sera prépondérant.

Il est probable qu’au départ, en raison de la mondialisation des échanges et des pratiques de production courantes, les exigences éco-sociales ne puissent pas correspondre à ce qui serait souhaitable dans l’idéal. Il faudra donc bien prendre en compte l’état des lieux pour ajuster les critères d’exigence à la labellisation à la réalité du terrain dans une dynamique d’amélioration progressive au fil du temps. Des objectifs, secteur par secteur, seront précisés et les critères de labellisation revus à la hausse régulièrement. Avant la mise en service du dispositif, il conviendra donc de vérifier que la gamme des produits et services labellisés couvre tout ce qui est essentiel à la vie courante.

Nul doute que le fléchage limitera le choix et que les porteurs de cette monnaie, surtout si leur salaire ne se fait que par ce moyen, pourront se sentir défavorisés par rapport aux autres. Nous nous trouvons là face à la difficulté exprimée par la « loi de Gresham ». Elle prévoit que dans un système à double monnaie « la mauvaise chasse la bonne ». Entendez par là que lorsque deux types de monnaie circulent dans une économie avec une valeur nominale identique mais une valeur intrinsèque différente, la monnaie de moindre valeur (ou de moins bonne qualité) sera préférée pour les transactions courantes, tandis que la monnaie de plus grande valeur (ou de meilleure qualité) sera thésaurisée ou retirée de la circulation. Sommes-nous exposés à ce risque ?

- Quelle est la monnaie de moindre valeur ou qualité ? La monnaie d‘intérêt collectif parce qu’elle limite la liberté de choix de consommation ? Ou plutôt l’euro parce que cette liberté qu’il offre contribue à détruire l’environnement et générer des inégalités sociales ? La réponse est individuelle, tout dépend de ce qui représente une valeur ou une qualité prioritaire aux yeux de chacun.

- Partons toutefois du principe que toutes les personnes détenant de la monnaie de Bien commun cherchent à s’en débarrasser. Ce faisant elles contribuent à alimenter un champ socialement et écologiquement plus qualitatif et mesuré. Les commerces vendant plus de produits labellisés ont des recette conséquentes dans cette monnaie dont ils veulent eux aussi se débarrasser. Ils paient donc une partie plus importante des salaires et des factures fournisseurs avec cette monnaie. Le défaut souligné par la loi de Gresham devient ainsi un avantage car en dépensant prioritairement la monnaie d’intérêt collectif on accélère le processus d’ajustement du mode de vie à des pratiques plus responsables et soutenables.

- Ce constat me porte à penser que le risque n’est pas celui exprimé dans la loi de Gresham car ses effets, s’ils se confirment, sont favorables à l’objectif sociétal recherché ; le risque est de créer une société divisée, à deux vitesses, celles des «conscients» et celle des « inconscients ». Ce serait dramatique! Pour éviter cela tout le monde doit être porteur des deux monnaies, quel que soit le champ économique duquel les revenus sont tirés de sorte que chacun puisse se sentir engagé dans cette évolution de société. Il n’y pas de division, il y a les deux forces qui s’exercent en chacun, l’intérêt collectif et l’intérêt particulier. Œuvrer dans le secteur de l’économie marchande est nécessaire tout autant que dans les activités à finalité de Bien commun.

Je suggère, pour y parvenir, d’instituer une règle qui prévoit que le paiement des dépenses se fasse indifféremment dans les deux monnaies au prorata de ce que chacune représente dans le chiffre d’affaire d’une entreprise ou dans le total des comptes consolidés des particuliers (nous examinerons cela plus précisément dans l’exemple donné plus loin).

• Elle est détruite par la fiscalité. Pour éviter l’inflation qu’entraînerait l’accumulation sans fin de la monnaie puisqu’elle n’est pas adossée à une dette, une fiscalité à définir et/ou un système de « fonte » selon le principe énoncé par Silvio Gesell13 s’applique aux transactions payées dans cette monnaie. Le paysage global est ainsi le suivant : D’une part une monnaie marchande créée en contrepartie d’une dette, détruite au fil des remboursements et d’autre part une monnaie d’intérêt collectif créée libre de dette en contrepartie de la pertinence des activités et projets éco-sociaux décidés dans un processus de démocratie participative, détruite par la fiscalité pour éviter son accumulation génératrice d’inflation. Comprenons que dans ce schéma la fiscalité n’a pas pour objectif de constituer une ressource à redistribuer (monnaie marchande) mais d’assurer dans le temps la destruction de la MBC émise.

12 Cette exigence de territorialité limitée à celle où la monnaie a cours s’impose dès lors que la monnaie n’est pas convertible et donc non reconnue hors de cette limite.
13 Silvio Gesell (1862-1930) est un économiste et théoricien social germano-argentin. Le principe de monnaie fondante qu’il a développé repose sur l’idée de créer une monnaie qui perd de sa valeur au fil du temps, contrairement à la monnaie classique qui peut être thésaurisée sans perte.

IV - VISUALISONS

 

Lancer le projet

Ce qui suit ne vaut que si la population au niveau national, par sa détermination, a poussé le gouvernement à la mise en œuvre expérimentale du modèle tel que défini sur le plan politique, économique et financier. Partons du principe que ceci est acquis.

L’expérience est menée dans deux ou trois régions de préférence volontaires, incluant un des DOM- TOM, sur une période de trois à cinq ans. Tout au long de l’expérience les difficultés sont repérées et aplanies autant que faire se peut. Elle s’achève possiblement par un referendum populaire dans les régions concernées pour décider de l’élargissement de l’expérience, ou non.

Elles ont mis en place dans chaque département, ou mieux encore dans chaque communauté de communes si possible, une assemblée citoyenne tirée au sort à côté de l’assemblée des maires. Elles sont renouvelées par tiers à la date anniversaire de leur constitution ( ce n’est qu’une option, les modalités auront été convenues dans le cadre du débat public qui aura précédé et qui aura précisé le modèle). La prise de décision est au consentement et vise, au mieux, un accord collectif, au pire une adhésion aux deux tiers. La gouvernance du système monétaire relative à l’émission et la circulation de la monnaie de Bien commun a été confiée à la représentation régionale de la banque de France (par exemple) ou à tout autre organisme sachant que l’organisme en charge opère sous mandat et supervision citoyenne.
Les missions premières pour chaque assemblée ont été :

- De préciser ce qu’on entend par projet ou activité de Bien commun.

- D’établir la liste des critères auxquels un bien ou un service doivent répondre pour bénéficier du label permettant sa financiarisation par la monnaie d’intérêt collectif. Un objectif idéal à atteindre peut être établi, mais ce sont des critères ajustés à la réalité du moment qui doivent être pris en compte pour rendre l’expérience possible. Ils seront revus disons tous les trois ans pour tenir compte des avancées permettant de requalifier les niveaux d’exigence.

- De définir et qualifier les barèmes de rémunération des acteurs œuvrant dans ce champ sur une échelle balisée entre un salaire minimum et un salaire maximum.

Ces travaux ont été menés indépendamment dans chaque assemblée, puis les résultats ont été croisés, globalisés et arbitrés afin de refléter le travail mené en l’intelligence collective, rendant ainsi possible la définition de référentiels agréés par toutes les parties prenantes.

 

Principe général

Les réflexions menées au sein des assemblées institutionnelles et citoyennes locales ont maintenant pour mission :
- D’identifier au fil du temps et selon les spécificités territoriales et sociales les besoins pour améliorer la qualité de vie dans un souci de restauration des équilibres avec ce que la nature peut soutenir.
- De les classer par ordre de priorité et de faisabilité.
- Une fois le choix validé de définir et mettre en place le cadre juridique et opérationnel dans
lequel l’activité ou le projet va être mis en œuvre.
- D’évaluer le budget nécessaire en MBC et d’en paramétrer l’affectation. Cela fait, une copie est remise à l’organisme financier chargé de l’émission et de la gestion de la monnaie d’intérêt collectif. Ce dernier choisit une ou plusieurs banques en accord avec le bénéficiaire pour le suivi des opérations. Si le budget ne peut être évalué précisément, les besoins sont calculés et validés entre les parties prenantes au fil du déroulement des opérations.
Le déploiement des activités à considérer est de trois ordres :
- Les activités déjà existantes au sein de structures agissant au sein des collectivités locales qu’il conviendra d’identifier parmi l’ensemble des activités menées et de labelliser après requalification au regard des critères à observer.
- Les activités déjà existantes mises en œuvre par des entreprises privées désireuses de faire évoluer leurs pratiques. Celles-ci doivent se faire connaître des assemblées afin que le projet qu’elles portent soit étudié en vue de sa labellisation. Notons que cela n’implique pas la totalité des activités menées au sein de l’entreprise ; il suffira de mettre en place le cadre nécessaire permettant la distinction et l’administration de la production labellisée.
- Des activités nouvelles pour lesquelles une structure ad hoc, le plus souvent une association indépendante à but non l’lucratif, ou une coopérative par exemple sera créée. Cela facilitera la gestion des opérations et permettra de mieux mesurer leur adéquation avec le but recherché.

Exemple. Imaginons que le projet sélectionné comme prioritaire dans une des régions test (ou dans une partie des régions test) a été d’adopter un nouveau modèle agro-alimentaire libéré de sa dépendance aux énergies fossiles et intrants chimiques. L’objectif est d’assurer la sécurité alimentaire adaptée aux spécificités de l’écosystème, non seulement du territoire ayant choisi ce projet mais aussi celle des territoires environnants en veillant à restaurer les sols et la biodiversité ainsi que pratiquer des méthodes d’élevage respectueuses du bien-être animal. C’est un tout autre métier qui est demandé là aux agriculteurs locaux. Rien n’est imposé, seuls participent ceux qui souhaitent vivre l’expérience et, même parmi ceux-là, tous ne sont pas appelés à le faire simultanément pour ne pas créer des ruptures et des blocages. Il sont toutefois invités à participer aux travaux de réflexion s’ils le souhaitent. La première étape se traduit nécessairement par une baisse de production ne serait-ce que par la mise en jachère de surfaces pour laisser aux sols de temps de se régénérer. Toutefois ce temps est mis à profit pour réaliser certains aménagements comme replanter des haies, restaurer des zones humides, bref recréer un écosystème vivant. Parallèlement est mis en œuvre un programme de recherches et formations ainsi que de partage d’expérience avec ceux qui étaient déjà engagés dans ce modèle agricole. Notons toutefois que le label AB ne pourra être équivalent au label des activités de Bien commun, car la dimension sociale n’y est pas incluse.

La perte de revenu d’un côté et les dépenses nouvelles de l’autre sont couvertes en MBC ainsi que la rémunération de tous les acteurs d’accompagnement tels que les personnels de formation. Les fermes ne sont toutefois pas sans produire pendant le processus de reconversion. Cette production reste dans le champ de l’économie marchande, seules les dépenses directes et indirectes liées au processus sont couvertes en monnaie complémentaire.

La reconversion est terminée lorsque l’agriculteur peut de nouveau vivre pleinement de son activité maintenant labellisée. Le label ne garantit toutefois pas uniquement la production. La chaîne logistique jusqu’au point de vente entre également en ligne de compte. La marchandise doit utiliser des moyens eux-mêmes labellisés si bien sûr ils existent. Tout cela s’ajuste progressivement.

Dès le commencement de l’expérience un compte dédié à la monnaie d’intérêt collectif, associé au(x) compte(s) euro de chaque personne et de chaque entreprise du territoire concerné est créé par les banques. La MBC versée en rémunération des activités liées au processus expérimental est portée au crédit des comptes ouverts à cet effet. Mais que peuvent acheter les personnes détentrices de MBC tant qu’une gamme suffisante de produits labellisés n’existent pas ou trop peu ? Pendant toute la durée de l’expérience, jusqu’à ce que le projet soit globalement validé et que la gamme des produits labellisés soit suffisante pour assurer les besoins essentiels à la vie courante, c’est l’étiquette « made in France » ou produits recyclés ou d’occasion (comme par exemple pour une voiture étrangère, un ordinateur, de l’électroménager... ) qui fait office de label, caractéristique incluse dans le code-barres pour faciliter la distinction. Rappelons en effet que la monnaie d’intérêt collectif n’a cours que sur un territoire déterminé et n’a donc aucune valeur en dehors. On ne peut donc ni acheter, ni utiliser cette monnaie en dehors de la zone où elle a cours dans le cadre d’un voyage par exemple, ni reconvertir cette monnaie en euros, sauf dans certains cas exceptionnels administrés. Notons à ce sujet la possibilité de convertir des MBC en euros pour permettre aux personnes dont les ressources sont très majoritairement en
monnaie d’intérêt collectif de voyager. Un système de contrôle des change est institué pour que ce personnes-là ne soient pas pénalisées.

Notre agriculteur vend maintenant sa production labellisée à divers clients, coopératives, centrales d’achats, commerçants, ainsi qu’en direct sur les marchés locaux. Mis à part ce qui est vendu en direct, quoique labellisé, tout est facturé en euros. En effet, tant que le produit circule dans le circuit marchand, il est facturé en euros. C’est seulement lorsqu’il est présenté à la consommation finale que les acheteurs ont le choix, soit de le payer en euros, soit en MBC s’ils en détiennent, sachant que cette dernière, contrairement à l’euro, ne donne accès qu’aux produits labellisés. Quant aux ventes sur les marchés, elles se font aussi bien en euros qu’en MBC car le label n’indique pas la monnaie à utiliser mais délimite la gamme des biens et services accessibles avec cette monnaie. Les acheteurs utilisent pour régler, soit une carte électronique soit de la monnaie fiduciaire. Les comptes en banque des vendeurs et acheteurs sont débités et crédités dans la monnaie utilisée au cours des transactions.
Nous avons évoqué toutefois que dans un esprit d’équité sociale et d’engagement collectif, les paiements se feraient au prorata des sommes détenues par les personnes et les entreprises dans chaque monnaie. Examinons plusieurs cas de figure en commençant par les entreprises :

L’entreprise « A » agit dans le cadre du secteur du Bien commun. Elle reçoit donc un financement en MBC pour lancer son activité et la mener. Sa production est maintenant labellisée. Elle livre une commande à la supérette « S » qu’elle facture en euros (on est dans le circuit marchand). La supérette offre à sa clientèle des produits labellisés et non labellisés. Elle a donc en caisse les deux monnaies. « A » a facturé 1000 euros à « S ». Au moment du règlement imaginons que les soldes de « S »dans chaque monnaie soient de 2.000 MBC et 8.000 euros ce qui constitue un solde consolidé de 10.000 équivalents euros. 2000 MBC représentent 20% du solde consolidé et 8000 euros, 80%. « A » va ainsi recevoir 200 MBC et 800 euros. Si on peut imaginer qu’au départ une entreprise n’ait qu’une seule des deux monnaies, la règle conduira rapidement à ce qu’elles aient les deux dans des proportions évidemment différentes. Que se passe-t-il si une entreprise du champ des activités de Bien commun n’a pas d’euros pour régler un fournisseur « ordinaire » ? Elle règle tout simplement à 100% en MBC. Mais puisqu’elle facture en euros sa production labellisée elle va rapidement provisionner son compte euros à un niveau possiblement supérieur au compte MBC.

Maintenant, l’entreprise « A » doit verser les salaires de ses collaborateurs en monnaie d’intérêt collectif puisqu’ils relèvent de ce secteur pour un montant global de 10.000 MBC. À ce moment elle détient disons 7500 MBC et 18.000 euros. Exception à la règle de non convertibilité, comme il s’agit de salaires devant être payés en MBC, elle va convertir 2500 euros en 2500 MBC14. En revanche pour les cotisations sociales ou pour régler toutes autres factures la règle du pro rata s’applique quel que soit le montant détenu dans chaque monnaie. Quant à la supérette « S », comme elle ne relève pas du champ des activités d’intérêt collectif quoi que proposant à la vente des produits labellisés, la règle du pro rata, incluant les salaires de son personnel s’applique dans tous les cas.

Considérons maintenant les choses du côté des particuliers. Monsieur Dupont est salarié d’une entreprise œuvrant dans le secteur du Bien commun. Il est payé à 100% en MBC. Il se rend à la supérette « S ». Il n’a accès qu’aux produits labellisés. S’il présente à la caisse des produits non labellisés, le logiciel les refusera. Toutefois on sait que par le jeu des échanges et de la règle des paiements au pro rata il se retrouvera détenteur d’euros au fil du temps, certes en faible quantité sans doute, mais cela lui donnera une certaine souplesse. N’oublions pas non plus que dans le cadre des exceptions à la règle de non convertibilité, il pourra reconvertir des MBC en euros.

Monsieur Dupuis est fonctionnaire. Il touche 75% de son salaire en MBC et 25% en euros. S’il achète des produits non labellisés, le solde qu’il détient en euros doit couvrir le montant de ces produits. Quant aux produits labellisés la règle du pro rata s’applique car ils sont payables dans les deux monnaies.

Monsieur Durand est salarié d’une entreprise du secteur marchand traditionnel. Au début il n’a que des euros. Tous ses achats labellisés ou non sont réglés à 100% en euros. Mais après quelques mois il aura aussi des MBC puisque son entreprise, elle-même détenant de la monnaie d’intérêt collectif, lui versera une partie de son salaire en MBC par application de la règle. Lors des achats effectués par Monsieur Durand son compte sera débité au prorata des sommes qu’il détient dans chaque monnaie pour les articles labellisés car ils sont accessibles dans les deux monnaies ; pour les produits non labellisés, le solde du compte euro de Monsieur Durand devra être suffisant pour couvrir le montant de la facture puisque ces produits ne sont pas accessible en MBC.

Que se passe-t-il sur les marchés ? Si les paiements sont effectués par carte électronique ce que nous venons de décrire s’applique de la même manière. Si les paiements se font en monnaie papier, on est hors du circuit bancaire, seule la caisse entre en jeu. Tout ce qui est labellisé peut être payé indifféremment dans les deux monnaies. Ce qui ne l’est pas ne peut être payé qu’en euros. Ce n’est qu’au moment où les commerçants font leur remise en banque que leurs comptes sont approvisionnés dans leur monnaie respective.

Précisons enfin qu’au début de l’expérience, tous les personnels de la fonction publique seront invités à accepter une partie de leur salaire en monnaie de Bien commun (disons 10% car le système naissant n’offrira que des débouchés limités. Ces 10% ne donneront alors droit qu’au « made in France, produits recyclés ou d’occasion. Il n’y aura pas d’obligation dans le cadre de l’expérimentation. En revanche la fonction publique entre directement dans le champ du Bien commun de sorte qui si le projet est porté à maturité, les personnels seront progressivement payés en MBC.

À l’énoncé, tout cela peut sembler quelque peu compliqué mais n’oublions pas que ces cas de figures seront traités informatiquement de sorte que cela restera transparent aux yeux des utilisateurs. J’ai insisté sur la période expérimentale car, de même que l’on atteint un étage par un escalier, de même il est essentiel de comprendre comment parvenir à établir le système. Une fois parvenu à maturité et mis en œuvre globalement, le principe restera le même. Les personnels de la fonction publique ainsi que ceux engagés dans des projets et activités reconnus au service du Bien commun, recevront une rémunération en MBC. Si une progressivité est prévue pour les fonctionnaires c’est que nous parlons d’activités existantes qui nécessiteront un temps d’adaptation, alors que pour les autres acteurs, il s’agit le plus souvent d’activités nouvelles qui n’auraient pas trouvé de financement autrement et n’auraient donc pas existé. La rémunération en MBC dès le départ sera tout bénéfice.

Exceptions. En dehors de ce que nous avons évoqué plus haut au sujet des voyages, il est probable qu’à quelque moment que ce soit un article ou un service labellisé indispensable à la bonne réalisation du travail en cours n’existe pas. Un comité des exceptions créé dans le dispositif au sein des assemblées citoyennes sera chargé de considérer ces cas en lien avec la structure faisant face à ce problème. Toutes les options seront évaluées depuis les alternatives possibles, la recherche de fournisseurs labellisables si le délai pour ce faire est compatible, et à défaut la convertibilité en euros de la sommes nécessaire par exception. Notons cependant que ces cas de figure seront précieux pour identifier des besoins récurrents ne pouvant trouver satisfaction, ce qui permettra une relocalisation de certaines activités cette fois labellisées.

14 La règle de non convertibilité joue dans le sens MBC/euro pour éviter une possible dévaluation de l’euro comme expliqué dans le 3ème point des caractéristiques de la monnaie d’intérêt collectif. En revanche une convertibilité euro /MBC n’a que peu d’incidence outre que d’augmenter la masse de MBC en circulation orientant d’autant plus la demande.

 

 

V - LA MONNAIE DE BIEN COMMUN, AIDE À UNE ÉLÉVATION DE CONSCIENCE

Reste un défi à relever. L’objectif final est de parvenir à un modèle de vie soutenable, équitable et respectueux du vivant. Or ce nouveau champ entraînera une amélioration du pouvoir d’achat, ce qui est en soi une bonne nouvelle puisqu’il va permettre à des millions de personnes aujourd’hui marginalisées, privées d’emploi et de revenus décents, d’exercer des activités épanouissantes et bien rémunérées. Mais c’est ainsi que même fléchée, la consommation pourrait devenir telle qu’elle conduise à un résultat contraire à celui recherché. La facilité et les habitudes héritées du passé rendent ce risque bien réel. C’est dire combien le travail de réflexion au sein des assemblées devra prendre en compte non seulement le choix des priorités à traiter mais encore la façon de les traiter. L’empreinte écologique au regard de la gestion des ressources non renouvelables et des ressources renouvelables devra être une obsession dans l’arbitrage à trouver entre satisfaction du mieux-être pour tous et capacité de la nature à soutenir ce mieux-être. Le « penser globalement » pour toute solution à des priorités locales sera déterminant de ce qui adviendra.

Il est réjouissant toutefois de noter que l’adoption du système à monnaie complémentaire d’intérêt collectif ouvre largement une porte inexistante dans l’état actuel des choses. Nous sommes en effet à l’aube de l’intelligence artificielle, de la numérisation des sociétés, du déploiement des technologies nouvelles. Prisonniers que nous sommes actuellement de l’obligation de croissance, de la productivité, de la compétitivité pour maintenir notre niveau de richesse, nous n’avons pas le choix de refuser de nous engager dans ces voies, même si nous en percevons les dangers possibles. De plus pour des raisons de simple marketing, elles nous sont présentées sous leurs seuls aspects séduisants. Aura-t-on la sagesse de nous demander si nous voulons vraiment aller plus vite, plus loin ? Veut-on la 6G, être en connexion permanente avec un système de santé numérisé grâce à un bracelet ou une puce pour nous donner à chaque instant notre état de santé ? Veut-on de toutes ces technologies, extrêmement énergivores soit dit en passant, qui nous promettent plus de sécurité, plus d’efficacité, plus de fun, plus de longévité (peut-être) ?… Soyez certains que si nous optons pour cela, MBC ou pas, nous continuerons à alimenter une logique suicidaire. Mais l’introduction de la MBC offre la possibilité, si nous le voulons, de résister au chant les sirènes et de mettre de l’intelligence, du cœur et du sens dans cette soif inextinguible de « progrès » qui habite l’humain. Sans pour autant refuser les apports de la modernité, ce système qui nous libère de notre dépendance aux performances de l’économie marchande nous donne l’opportunité de mettre de la mesure dans cette fuite en avant numérique qui nous est actuellement présentée comme la nouvelle révolution civilisationnelle. Or, la vraie révolution à laquelle nous invite notre époque n’est-elle pas de renouer avec cette question récurrente et intemporelle : « Qu’est-ce que la vie, Qui suis-je ? ».

Nous touchons là au cœur du choix que ce système rend possible. La culture qu’a développé l’occident et qu’il n’a eu de cesse de promouvoir au reste du monde, pose en principe que le bonheur dépend de notre capacité à maîtriser les éléments extérieurs, à commencer par la nature, et à constituer un « matelas » de tout ce qui peut assurer notre sécurité. Notre modèle est au summum d’une vision matérialiste de la vie, quoi qu’il ne s’estime toujours pas parvenu au sommet puisque, plus que jamais, il mise sur les nouvelles technologies pour arracher l’humain à ses fragilités et incomplétudes. La question est donc posée : Est-ce qu’en dépit de l’opportunité qu’offre le système de monnaie complémentaire de Bien commun nous choisirons de sortir de cette voie suicidaire ? Ce n’est pas évident tant elle est profondément ancrée dans notre inconscient collectif ; ou comprendrons-nous (enfin!) que la vie n’est pas un sac à remplir, mais un mystère à élucider, celui de « Qui nous sommes » ? Un « jeu de piste », en somme, où les évènements extérieurs, perçus comme heureux ou malheureux, sont autant d’indicateurs symboliques qui n’ont nul besoin d’être contrôlés mais compris. Une toute autre vision de la vie que le système de monnaie complémentaire d’intérêt collectif permet d’explorer par le fait de pouvoir choisir de se libérer du toujours plus, mieux ou différent et de trouver peut-être dans le « low-tech » des altératives plus adaptées et mesurées aux besoins de l’expression de la Vie. Ainsi peut-on comprendre que la monnaie en fin de compte n’est rien et que l’ouverture à un autre paradigme est tout. L’argent mis à sa vraie place devient un simple moyen au service d’une vision qui fait sens au plus profond de nous; une vision qui repose sur l’acceptation que la vie est par nature un risque et nécessairement limitée dans sa durée, ingrédients essentiels pour réaliser qu’amasser et vouloir durer sont illusoires et forment autant de buissons d’épines sur le chemin de la réalisation de soi (dernier étages de la pyramide de Maslow15).

15 Le psychologue Abraham Maslow a défini dans les années 1940 les besoins humains qu’il a exprimés de façon hiérarchique dans une représentation pyramidale en partant des plus basiques aux plus élevés.

 

 

VI - AVANTAGES ATTENDUS DE CETTE PROPOSITION

 

1. Une réforme gagnant/gagnant

En règle générale la mise en œuvre d'une réforme, même globalement positive, contrarie toujours certains intérêts. Ici tout le monde gagne. Le changement ne se fait au détriment de personne. il y a plantation d'un arbre qui, tout en offrant des fruits pour l'urgence, garantit un avenir de mieux-être pour tous au fil de sa croissance. Car la croissance s'appuie cette fois sur la reconnaissance prioritaire du qualitatif reconnu comme richesse et plus seulement du quantitatif.

 

2. Un modèle à essaimer

Même si cette proposition peut être imaginée au niveau international, nous l’envisageons limitée à la seule dimension des territoires nationaux car sa mise en œuvre ne dépend alors que d’une décision de politique intérieure. On fait ainsi l'économie d'une interminable renégociation des traités et accords internationaux qui aurait d'ailleurs bien peu de chance d'aboutir. Une solide volonté politique devra toutefois être marquée par la première nation qui s’engagera sur ce chemin car nul doute que de fortes pressions seront exercées par certains qui invoqueront la réforme comme un coup de canif inadmissible dans les règles du jeu. Reste donc à démontrer qu’il ne s'agit pas de « tricher » pour en tirer un quelconque avantage compétitif mais au contraire d'ouvrir une voie pour un mieux-être pour tous et d’en offrir l’exemple. Les peuples le comprendront sans doute et agiront auprès de leur gouvernement pour suivre le même chemin. Il s’agit donc d’essaimer un modèle où tout le monde gagne et d’ouvrir les portes à une humanité libérée du diktat de la compétition qui réduit l’existence à un combat de gladiateurs pour la survie.

 

3. Une réponse pertinente à la question de l’emploi

Le champ des activités porteuses de qualité de vie, pour le moment restreint en raison du coût qu’elles représentent, s'élargit considérablement. Le Bien commun, une fois libéré de la laisse qui le conditionne aux exigences, performances et retombées fiscales de l’économie marchande offre potentiellement, non plus un emploi, mais une large gamme d’activités utiles, rémunératrices et épanouissantes. À l’heure où bien des pays doivent faire face à un chômage de masse ; à l’heure où les pas de géant de l’intelligence artificielle (IA) condamnent à court et moyen terme un nombre impressionnant d’emplois, (ce qui conduit à considérer de plus en plus sérieusement le recours à un « revenu universel d’existence »), la solution ici exposée mérite qu’on s’y intéresse, ne pensez-vous pas ? Car le revenu d’existence pose dans tous les cas la question de son financement sans parler des effets secondaires d’ordre psychologique que son application peut entraîner.

Arrêtons-nous quelques instants sur cette question. Nous vivons un processus de désocialisation depuis une bonne trentaine d'années. Un nombre impressionnant de personnes se retrouvent exclues, marginalisées, privées de toute reconnaissance et valeur sociale. Bon nombre d'entre elles ont « la haine » de la société car elles n'y voient et n'y trouvent plus leur place ce qui entraîne violence et délinquance, fragilise la santé, exacerbe les problèmes d'immigration, attise le racisme. etc... Si un revenu de base doit un jour être adopté, ce doit être dans une société « saine d'esprit » pour qu’il puisse porter ses fruits. On en est loin. Nos sociétés sont profondément malades et, à ce stade de déstructuration, la première étape est de redonner à chacun un sentiment de dignité  par le fait de pouvoir retrouver une place dans la société, le sentiment de fierté d’appartenir à une communauté à laquelle on est heureux d’apporter sa contribution. Si un revenu d’existence peut représenter une bouée de sauvetage matérielle, il laisse toutefois chacun face à une vie désœuvrée, vide de sens. Or la piste ici présentée offre la possibilité de réaliser cette première étape grâce au fait qu’elle offre à tous les actuels chômeurs et à toutes les personnes dont les fonctions seront abandonnées à l’IA, sans parler de celles qui s’ennuient dans un « bullshit job16 », une activité riche de sens et de valeur... Savoir que l’on œuvre au mieux-être de tous devient ainsi une nourriture pour l’âme qui rassasie notre besoin existentiel d’épanouissement.

Cela devrait naturellement conduire à repenser le salaire. Nos pays occidentaux, principalement, sont rongés par le profond vide existentiel que génère le mode de vie matérialiste qui maintenant règne en maître. Chacun cherche à le combler à sa façon par la consommation, les loisirs, une addiction quelconque, dans tous les cas par une fuite en avant où gagner de l’argent est l’ingrédient indispensable pour entretenir l’espoir d’atteindre un jour le « bonheur » par le fait d’être libéré de l’obligation de devoir gagner sa vie et d’être soumis à des autorités autres que son propre bon vouloir. C’est ainsi qu’on a donné naissance à un monde où cohabitent tant bien que mal une poignée d’ultra riches et une fourmilière d’ultra pauvres. Il en découle des sociétés profondément divisées, des régimes à deux vitesses qui ruinent tout sentiment de justice et des démocraties qui n’en portent plus que les habits en lambeaux tant le « pouvoir du peuple » est colonisé par l’influence de ces ultra riches, devenus marionnettistes agissant dans les coulisses de nos institutions.

Que certains au niveau individuel choisissent de consacrer leur existence à accumuler de l’argent, cela les regarde. Mais quand on œuvre au service de l’intérêt collectif, est-ce cohérent ? C’est pourquoi j’imagine que les salaires qui seront offerts dans cet espace se feront dans une fourchette balisée par un salaire minimum (par exemple une fois et demie le seuil de pauvreté) et un salaire maximum, par exemple quatre ou cinq fois le salaire minimum. Une grille préalablement établie sur le mode du débat participatif proposé ici permettra d’affecter le juste salaire à chaque acteur par coïncidence avec les critères. Ainsi se libère-t-on de la démesure, ainsi crée-t-on un contexte plus équitable. Je ne fais ici que poser un principe à mon sens adapté à l’esprit du projet, et je laisse le soin à la société d’en débattre, de l’adopter ou non et d’en fixer les règles. Quoiqu’il en soit, vous l’aurez compris, ce projet permet de trouver des solutions innovantes et épanouissantes à la question problématique de l’emploi.

16 L'expression « bullshit job » a été popularisée par David Graeber, un anthropologue et penseur américain, dans un essai publié en 2013 intitulé On the Phenomenon of Bullshit Jobs.

 

4. Une dynamique vertueuse

La pleine reconnaissance et la pleine autonomie rendus à un espace dont la finalité est purement qualitative tire la société vers le haut. Œuvrer dans cet espace où le sens est la contrepartie de la création monétaire, où la finalité n’est pas le profit financier, mais le mieux-être de tous ne peut que favoriser une évolution heureuse des mentalités. C’est un nouveau jeu qui est ainsi créé. Son esprit et ses règles ne peuvent que modifier les attitudes, les relations et la demande, de sorte que le secteur marchand lui-même sera entraîné sans heurt dans une spirale vertueuse, ne serait-ce que pour répondre à une demande qualitative en croissance.

 

5. Une ouverture de notre prison mentale

Vous savez qu’actuellement les questions récurrentes de nos sociétés telles que la santé, l’éducation , la justice, mais depuis peu aussi celles que posent le réchauffement climatique et plus généralement l’écologie sont pensées en fonction des capacités fiscales et d’emprunt dépendantes des performances économiques dont l’indicateur principal est le PIB17. Alors, imaginez un instant combien différentes pourront être les réponses données à ces questions une fois libérées du carburant dont elles dépendent actuellement !

17 PIB (Produit Intérieur Brut) est un indicateur de la performance économique d'un pays pour mesurer la taille de son économie. Il peut être calculé de trois façons principales :
1. Par la production : en additionnant la valeur ajoutée de toutes les entreprises d'un pays.
2. Par la demande : en additionnant les dépenses de consommation, les investissements, les dépenses publiques et la
balance commerciale (exportations moins importations).
3. Par les revenus : en additionnant tous les revenus gagnés dans l'économie (salaires, profits, intérêts, etc.).

 

6. Libération de la dépendance aux performances économiques

La qualité de vie des peuples ne dépend plus de l'exploitation de leurs ressources naturelles et de leur commerce. Depuis les accords de Bretton Woods, le dollar US régnait en maître dans les échanges internationaux, suivi depuis peu par l’euro. Les récents évènements géopolitiques poussent vers une dédollarisation des échanges. Toutefois, même affaibli, le dollar américain reste dominant18. Les pays dits pauvres ou en voie de développement sont très dépendants des approvisionnements extérieurs, ce qui les oblige à orienter leurs productions nationales vers l’exportation pour constituer des réserves dans les monnaies demandées par les fournisseurs étrangers. Notons au passage que ce besoin naturel a été manipulé par les États-Unis et à un moindre niveau par ses satellites. Dans les années 1970, sur promesse d’aide au développement, ils ont mené des politiques visant à endetter outre mesure les pays en voie de développement qui les intéressaient pour des raisons économiques ou politiques. En 1980 l’important rehaussement des taux d’intérêt engagé par la FED (banque centrale américaine) a mis la plupart des pays « bénéficiaires » des prêts antérieurement consentis dans une situation où le montant des intérêts à payer dépassait de plusieurs fois le montant du capital emprunté. Les prêteurs ont alors proposé de nouvelles « aides » mais en contrepartie de mesures d’ajustement structurel pilotées par le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale. Ces programmes visaient à rediriger l’économie de ces pays vers l’exportation pour les mettre en mesure de rembourser leur dette. Ils prévoyaient en particulier d’ouvrir les pays mis sous tutelle aux investissements étrangers, réduire les dépenses budgétaires, supprimer les subventions à l’agriculture, imposer une cure d’amaigrissement aux aides sociales, autant de mesures rendant la vie des populations encore plus difficile19.

D’une façon générale tous les pays ont besoin de constituer des réserves en devises pour faire face à leurs besoins en approvisionnements extérieurs. La priorité est donc mise sur la recherche au moins de l’équilibre de la balance commerciale qui, si elle est déficitaire, appauvrit le pays. Dans tous les cas les performances de l’économie est primordiale et conditionne fortement la politique sociale des nations. La proposition ici exposée libère l’expression de l’intérêt collectif puisqu’elle n’a plus besoin de ce que l’économie marchande peut lui concéder. De plus, les pays peuvent mener une politique plus vigilante sur la préservation de leurs ressources naturelles que pour le moment ils sont obligés d’exploiter ou pire encore de laisser exploiter par d’autres pour survivre. Enfin, les problèmes liés aux mouvements migratoires disparaissent car, si les conditions de vie deviennent agréables chez soi, pourquoi voudrait- on partir à moins de le choisir pour des motifs plus glorieux que de protéger sa vie ?

18 Le dollar US représente en 2024 environ 40 à 45% des échanges internationaux et l’euro 20 à 25%.
19 Voir entre autres : John Perkins : Les confessions d'un assassin financier : Révélations sur la manipulation des économies du monde par les Etats-Unis ( Ed. Ariane)

 

7. Mondialisation et souveraineté en sortent réconciliés.

Chaque peuple retrouve la possibilité de déterminer et d'appliquer par lui-même et pour lui-même la recette de sa qualité de vie. Libérées de l'aiguillon de la nécessité et de l'obligation de marchandage, les relations internationales s'en trouvent pacifiées, car portées sans arrière-pensée par le seul désir de coopérer les uns avec les autres et de prendre soin de notre vaisseau spatial commun, la Terre.

 

8. La démocratie reprend souffle et vigueur

En passant de la « représentation » à la « participation » la démocratie retrouve son sens. Vous l’aurez compris, cet espace dédié au Bien commun ne peut exister sans un débat public ouvert et permanent pour identifier les priorités éco-sociales et y répondre dans une logique de subsidiarité. En effet les défis ne se présentent pas de la même façon, sous la même forme, dans le même ordre des priorités selon le lieu où on se trouve. Le débat et les décisions doivent donc partir du local. Prises dans un modèle top/down cela reviendrait à abandonner la destinée des peuples entre les mains de quelques- uns, comme c’est malheureusement le cas actuellement. Il est devenu patent que les intérêts des ultra riches s’imposent aux gouvernements et institutions nationales et internationales. Nous sommes là au cœur de la question posée ici. Faut-il continuer à soumettre l’intérêt collectif aux désirs et volontés de quelques-uns qui, même s’ils sont bien intentionnés, ne sauraient être capables de déployer une vision assez complète des enjeux de société ? Personne d’ailleurs, ultra riche ou pas, n’a cette capacité au niveau individuel. C’est pourquoi la participation citoyenne doit aussi s’accompagner d’un nouveau mode de prise de décision. Quand la majorité simple implique un jeu de pouvoir permanent pour obtenir cette voix qui fait passer du camp des perdants à celui des gagnants, la recherche de consentement par levée progressive des objections20 offre la possibilité de trouver un point d’entente commune riche de la diversité des apports de chacun. Un art délicat où l’écoute prime, où la posture intérieure évolue, car il ne s’agit plus de l’emporter sur l’autre, de chercher à démolir les arguments qui contrarient les nôtres, mais de trouver ensemble, par ce processus, une solution collégiale dans laquelle on a certes été amené à lâcher notre volonté première mais où la fresque qui s’est construite par la prise en compte des facettes éclairées par chacun permet d’adopter une voie que l’on peut concevoir possible sans se trahir. Une nouvelle opportunité, donc, que la mise en œuvre de ce projet offre.

20 Le processus de décision par "levée progressive des objections" est une méthode utilisée (méthode sociocratique) pour parvenir à une décision collective en abordant et en résolvant systématiquement les objections soulevées par les membres d'un groupe. Dans ce processus, chaque participant est invité à exprimer ses objections ou préoccupations concernant une proposition ou une décision potentielle. L'objectif est de ne pas se focaliser uniquement sur les avis positifs, mais de mettre en lumière toutes les conséquences préoccupantes voire dangereuses où pourrait conduire l'adoption de la décision telle que présentée. Une fois les objections exprimées, le groupe travaille ensemble pour les lever ou les atténuer progressivement, souvent en modifiant la proposition ou en trouvant des solutions de compromis. Ce processus favorise une prise de décision plus inclusive et démocratique, car il permet à toutes les voix d'être entendues et prises en compte, et il vise à éviter les blocages en cherchant des solutions acceptables pour tous les membres du groupe.

 

9. Les externalités négatives disparaissent

Les coûts cachés, autrement dit l’ensemble des effets secondaires négatifs qui ne sont pas comptés dans le prix de vente des produits et services, autrement appelés « externalités négatives » disparaissent, ou à tout le moins diminuent. N’oublions pas qu’ils nuisent à la santé, réduisent l'espérance de vie pour beaucoup, sont facteurs de violence à tous les niveaux et sous toutes les formes, favorisent les sauve-qui-peut dans la drogue, le vol, la corruption... Les critères d’exigences éthiques, sociales, environnementales permettant la labellisation auront pour effet de les mettre en lumière et d’en chercher la disparition.

 

10. C’est la fin des dettes publiques

Actuellement le financement des activités d’intérêt collectif, est assuré par la fiscalité. Pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons, la fiscalité est loin de suffire de sorte que les États recourent à l’emprunt. Toutefois, contrairement aux ménages et aux entreprises, les emprunts contractés par les États sont remboursés en faisant « rouler la dette ». Entendez par là que lorsque les échéances arrivent, les États empruntent à nouveau de quoi payer le montant de l’échéance. C’est ainsi que la dette augmente exponentiellement et que les intérêts cumulés dans le montant global des dettes souveraines dépassent le montant du capital emprunté.

Grâce au modèle ici proposé, tout ce qui concerne le Bien commun est financé sans dette en contrepartie de la pertinence des projets et activités validés par processus démocratique participatif. Plus besoin d’emprunter! Cela conduira à une révision progressive de la politique fiscale où le budget de l’État devra être nécessairement en équilibre, sans recours à l’endettement. Pourquoi progressif ? Parce qu’une première étape consistera à se libérer des dettes antérieurement contractées. Une partie de la fiscalité en monnaie marchande, donc, sera consacrée au remboursement qui, actuellement est inconcevable. Comprenons que s’il n’y avait pas cette dette à rembourser la fiscalité des ménages et des entreprises pourrait diminuer dès la mise en œuvre du dispositif. Ce sera peut-être possible malgré tout, mais pas au même niveau. Une chose est certaine, plus la dette diminuera au fil du temps puisqu’aucun nouvel emprunt ne sera contracté, plus la fiscalité pourra s’alléger, restant entendu que l’État devra toujours avoir des ressources en devises marchandes pour faire face à ses besoins économiques.

 

 

VII - Conclusion

Vous l’aurez compris les choses ne se résument pas à un simple « y’a qu’à faut qu’on ». Si les difficultés de mise en place se limitaient à des questions d’ordre technique elles seraient rapidement résolues car tout ce qui est nécessaire ici trouve facilement sa réponses dans l’informatique. Quant au principe, il est simple aussi; créer une monnaie complémentaire n’est rien, seule la volonté collective compte. Alors ? Quels sont les obstacles ? Ils sont selon moi de deux ordres :

- L’humain en premier en raison de la difficulté qu’il a à épouser l’inconnu. Car effectivement nous sommes là face à une proposition alternative inexplorée. Vous conviendrez toutefois qu’elle est conçue pour limiter les risques et prendre en compte les intérêts de tous à court, moyen et long terme.

- La finance, ensuite, car elle est parvenue a tendre ses filets et à imposer ses lois sur toutes les sociétés. Son pouvoir de domination se trouverait considérablement diminué par la mise en place du système proposé ici car il redonne le pouvoir aux citoyens et au sens. Pourtant le pouvoir de la finance ne tient que par le fait qu’elle est parvenue à faire de l’argent une finalité. Si nous décidons, nous les peuples, de n’en faire qu’un moyen ce que la présente proposition rend possible, alors il s’effondrera de lui-même et se mettra au service de tous, que cela plaise ou non aux marionnettiste de la haute finance.

Êtes-vous persuadés comme moi que cette voie permettrait de trouver des réponses aux questions environnementales et d’équité sociale essentielles pour assurer un avenir heureux et pérenne aux générations futures ? Voyez-vous comme donner sa pleine autonomie à l’expression du Bien commun réconcilierait l’intérêt particulier et l’intérêt collectif, se soutenant l’un l’autre au lieu de s’opposer ?

La proposition est volontairement incomplète car nous parlons bien ici d’un projet de société. Il lui appartient donc de l’examiner, de l’enrichir, la modifier, la peaufiner, l’abandonner peut-être pour en définir une autre. Dans tous les cas il est plus qu’urgent de construire un chemin qui puisse conduire à un nouveau mode de vie plus inspiré du jardinier que du guerrier. Telle est la prétention de cette proposition, d’en ouvrir au moins la voie. Je vous invite donc à vous en emparer pour la « critiquer », terme pris dans son sens noble. C’est tout ce que j’espère ; la voir mise sur la place publique pour y être débattue. Et si elle n’aboutit pas sous cette forme, au moins aura-t-elle été le prélude à un autre modèle qui émergera du débat, porteur de réconciliation des humains avec eux-mêmes et avec le Vivant.

 

C’est impossible dit la Fierté ! C’est risqué dit l’Expérience ! Ça ne sert à rien dit la Raison ! Essayons et Faisons-le dit le Cœur !
R.Godwin

 

 

 

Foire Aux Questions

Cliquez sur les bandeaux bleus ci-dessous pour afficher les textes.

1 - Pourquoi une monnaie complémentaire ? Ne peut-on faire la même chose avec la seule monnaie nationale ?

On peut effectivement penser qu’introduire une monnaie complémentaire complique les choses. Pourquoi ne pas faire pareil avec la seule monnaie nationale en agissant de façon que la Banque centrale alimente sans dette un fond dédié au financement des projets éco-sociaux votés démocratiquement ? Sur le plan purement technique ce serait possible. Ne parle-t-on pas de plus en plus de « money for people » « d’helicopter money » ? Cependant :

- Nous l’avons souligné, cela suppose des négociations qui risquent fort de prendre des années, voire de ne jamais aboutir. L’urgence des défis invite à trouver des solutions qui relèvent de la seule volonté politique nationale.

- Le fléchage vers des produits et services socialement et écologiquement responsables est indispensable si on veut aller vers un monde de suffisance pour tous respectueux du Vivant. Ce fléchage ne nous semble pas réalisable dans un système à monnaie unique.

- Une monnaie complémentaire offre un signe symbolique visible d’engagement citoyen. C’est un facteur de lien social, une marque visible du choix d’un peuple pour un devenir dont la monnaie est le drapeau. Avec une seule monnaie, tout est noyé, diffus, l’action perd de sa puissance.

2 - En quoi cette proposition permet-elle de réconcilier l’intérêt particulier avec l’intérêt collectif ?

Si on veut vraiment créer les bases d’un monde durable et équitable, il n’y a pas d’autre moyen que de libérer le potentiel de l’intelligence humaine de la prison comptable qui l’enferme et le conditionne. Mais il ne suffit pas de le dire pour le faire.

Le nouvel espace que nous venons de décrire fonctionne sur une logique qui est aux antipodes de celle qui régit nos sociétés actuellement. On ne peut pas d’un claquement de doigts remplacer un système par un autre.

En revanche, défricher et planter un nouveau champ en complément de l’existant ouvre de vastes horizons. L’humanité a exploré deux voies : Le collectivisme qui au nom de l’intérêt collectif a broyé l’individu et le capitalisme qui au nom de l’intérêt privé tue son espace vital. Dans l’un et l’autre cas le Bien commun et l’intérêt privé se contrarient. Ce constat n’invite-il pas à explorer une nouvelle voie, celle ou l’intérêt particulier et l’intérêt collectif sont réconciliés par le fait de les mettre en complémentarité ?

Tant que le collectif restera financé par la fiscalité, par conséquent en totale dépendance des performances de l’économie marchande et de ce qu’elle consent à lui reverser, il ne pourra pas être traité comme le réclame le défi actuel. C’est cela que permet l’ouverture de ce nouveau champ économique. D’un côté l’intérêt privé est servi par l’économie marchande, financé par les devises internationales, de l’autre le Bien commun est traité et financé de façon autonome par une monnaie complémentaire nationale dont le collatéral n’est pas une dette mais la réalisation des projets éco-sociaux choisis démocratiquement. Chaque espace soutient l’autre au lieu de s’y opposer.

3 - Créer de la monnaie doit entraîner de l’inflation voire de l’hyper inflation, comment l’éviter ?

Nous savons que dès qu’on parle de création monétaire on croit assez spontanément que cela va créer de l’inflation selon la théorie monétariste qui pré-suppose que la monnaie n’est qu’un voile neutre dont la seule conséquence est de générer de l’inflation si elle est en surabondance dans la société. Cette assertion était probablement vraie à l’époque où la demande était supérieure à l’offre ; toute augmentation de la masse monétaire face à une production insuffisante entraînait donc naturellement une augmentation des prix. Il est certain, et c’est le but d’ailleurs, que l’introduction d’une monnaie complémentaire va augmenter le volume de monnaie. Pourquoi ne sera-t-elle pas un facteur d’inflation ?

- Il y a un besoin de monnaie. Si tel n’était pas le cas, les États n’auraient pas besoin de recourir à l’emprunt pour compenser leur déficit. La monnaie de Bien commun permet simplement de donner accès à cette ressource sans avoir à s’endetter.

- Si la monnaie était en suffisance, les États se désendetteraient. Or la tendance générale est à un accroissement de la dette publique. Les échéances sont certes payées mais en faisant « rouler la dette », autrement dit en empruntant les sommes dues.

- Depuis une bonne dizaine d’années, c’est en déversant des milliers de milliards que les banques centrales de nombreux pays on tenté de soutenir l’économie sans que cela génère une quelconque inflation. Sauf dans la période post Covid, non en raison d'un trop plein d'argent mais à cause de la diminution de la production/consommation consécutive aux mesures de confinement qui ont désorganisé l'économie et les circuits d'approvisionnement.

Mais soyons bon prince, disons que tout cela est conjoncturel et que le risque demeure. Comment l’évite-t-on dans ce modèle ?

- Nous l’avons souligné nous utilisons la fiscalité comme moyen d’ajustement de la masse monétaire en lui donnant comme but de détruire la monnaie en excédent. Mais en plus :

- Sauf crise grave, l’outil de production mondial est aujourd’hui très réactif et s’ajuste à la demande en quasi temps réel. Dans ces conditions aucune inflation n’est à craindre.

- Elle ne peut être qu’un choix politique. Imaginons un pays avec un budget de 100 milliards. L’introduction d’une monnaie complémentaire de Bien commun lui permet par exemple de payer la fonction publique à 75% en monnaie complémentaire; disons 10 milliards. Cela revient à augmenter le budget de l’État de 10%. Ces 10 milliards supplémentaires, sans dette associée, ne font que donner une bonne bouffée d’air frais pour répondre aux défis que nous avons décrits plus haut.. Les 10 milliards en monnaie nationale, autrefois affectés au paiement de la fonction publique offrent la liberté d’être utilisés autrement : rembourser une partie de la dette en capital, s’il y a du chômage engager des travaux où passer des commandes à l’économie génératrices d’embauche, diminuer les impôts… Bref, de nombreux moyens existent non générateurs d’inflation. Compte tenu des défis que nous avons à relever, oui, nous avons besoin de monnaie sans dettes supplémentaires. La question réside plus dans la contrepartie de la monnaie créée que dans le risque d’inflation.

- Comprenons également que dans l’espace du Bien commun il y a des activités traditionnelles telles que la fonction publique en général. Leur financement en monnaie complémentaire va dégager son équivalent en monnaie nationale qui pourra être utilisé comme nous venons de l’exposer. Mais les activités nouvelles de réorientation trouveront nécessairement leur limite dans le bassin de main d’œuvre disponible : les demandeurs d’emplois et les effectifs que l’amélioration des technologies libéreront dans le secteur marchand. Or la monnaie n’est pas émise à priori comme le font les banques centrales dans le cadre des Q.E (Quantitative Easing ou Assouplissement Monétaire) mais en contrepartie de projets concrets. La monnaie ne conditionne pas le projet, le projet conditionne la monnaie ce qui limite considérablement le risque d’inflation.

 

 


L'objectif dans un premier temps est de faire de cette idée un vaste mouvement citoyen. Pour cela nous vous invitons à la propager autour de vous sans oublier les média si vous y avez vos entrées, vos élus locaux et régionaux si vous en connaissez et les grandes organisations citoyennes, du genre de celles dont il est question dans cette section d'actions politiques et citoyennes. N'oublions pas que le plus puissant groupe de pression reste le peuple lui-même, à nous donc de savoir ce qu'on veut !

 

Dans la vie il n'y a pas de solutions, il y a des forces en marche. Il faut les créer et les solutions suivent. Créons-les !
Antoine de St Exupéry - Terre des Hommes

 

 

 

 

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Couverture du livre

 

Une monnaie au service du Bien commun (Ed. Yves Michel 2017)
Libérer l'intérêt collectif du carcan de l'économie marchande
Avec les défis environnementaux et humains à relever, avec la montagne de dettes publiques et privées
qui empêchent d'imaginer toute dépense supplémentaire, on se demande bien comment on peut s'en sortir.
Pourtant, en moins de deux décennies il serait possible de réaliser un monde de suffisance pour tous sur la Terre,
respectueux des équilibres nécessaires à la Vie.
Et ceci sans impôts supplémentaires et sans emprunt ! ...

 

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Les livres de Philippe Derudder

 

 

 

Annexes à télécharger

 

Proposition de mesures pour la création d'un espace économique sociétal, financé par une monnaie complémentaire de Bien Commun.

Mise en oeuvre de la Monnaie du Bien Commun (18 pages)

Un projet de monnaie nationale complémentaire en Écosse : Le ScotPound (en anglais)

Proposition à European Citizens Bank